Après le décès de mon père, suite à une longue et éprouvante année de soins palliatifs, un pasteur s'est approché de ma fille un dimanche. Elle était assise seule, rassemblant calmement ses pensées, réfléchissant à la perte de son grand-père.
Ce pasteur, apparemment indifférent au fait qu'elle avait choisi un endroit à l'écart des autres, s'est approché d'elle. Déterminé à accomplir son devoir et à offrir du réconfort, il lui a dit : « Je sais que tu te sens vraiment triste. »
Devant son absence de réponse, il a alors partagé ses impressions sur mon père (bien qu'il n'ait jamais eu plus d'une conversation d'une minute avec lui). Il a offert quelques clichés et paroles empathiques avant de toucher son épaule.
Elle s'est instinctivement rétractée et est restée silencieuse. Après quelques instants, il s'est éloigné avec une remarque sur le fait qu'il la garderait dans ses prières.
Sans s’en rendre compte, l’insensibilité (pourtant bien intentionnée) de ce pasteur a empiré une situation déjà difficile. Pourquoi ?
Ce pasteur a voulu être un prêcheur plutôt qu’un écoutant.
Ce pasteur était animé de bonnes intentions, mais il ignorait totalement la complexité et la difficulté des relations qui concernaient la vie de mon père. Il ne connaissait pas la relation compliquée de mon père avec ma famille et avec ma fille.
Il a mal géré la situation de plusieurs manières clés :
- Il a abordé ma fille en lui disant ce qu’elle ressentait au lieu de l’inviter à s’exprimer.
- Il a prononcé des propos superficiels au lieu de reconnaître la complexité de sa douleur.
- Il l'a même touchée sans lui demander la permission.
Le deuil et le traumatisme n’affectent pas tout le monde de la même manière, et le pasteur qui applique une approche « taille unique » de la compassion risque d’aggraver la situation rapidement.
Scott Heine
On peut ressentir de la tristesse, de la colère, du regret, de la honte, de l’amertume, de la peur, ou même du soulagement. D’autres peuvent refouler leurs émotions dans le déni ou la distraction, car leur esprit sait instinctivement qu’ils ne sont pas encore prêts à affronter ce qu’ils ont traversé. Et certains recherchent silencieusement et de manière indépendante le réconfort dans le Christ ou s’efforcent de déplacer leur attention de la tristesse à la louange.
En temps de crise, nos paroles ont un poids immense.
En venant d’un pasteur, que ce soit intentionnel ou non, nos mots sont souvent perçus comme le reflet du cœur de Dieu envers la souffrance des personnes.
Voici cinq affirmations importantes à éviter.
1. « Je sais ce que tu ressens. »
Non, tu ne sais pas.
Même si vous avez traversé des circonstances similaires, les expériences traumatiques et les pertes sont toujours complexes. De nombreuses subtilités liées aux relations et aux perceptions surgissent de façon inattendue, et les émotions évoluent souvent rapidement, s’enchaînant, se superposant parfois et se contredisant.
- Cette épouse peut avoir peur de perdre son mari à cause du cancer, mais elle pense peut-être aussi au combat de sa mère, des années plus tôt.
- Elle se réjouit peut-être en silence des belles années partagées avec son mari… ou elle regrette peut-être de ne pas lui avoir dit « je t’aime » plus souvent.
- Peut-être qu’elle s’accroche à la paix de savoir que Dieu continuera de prendre soin d’elle lorsque son mari partira.
- Ou bien elle est en colère contre Dieu, qui ne répond pas à ses prières désespérées pour la guérison de son mari.
Plutôt que de présumer que vous savez ce que ressent quelqu’un, respectez son autonomie.
Invitez la personne à partager ses pensées : « Veux-tu en parler ? » ou « Je suis là si tu veux exprimer ce que tu ressens et penses. »
Réfrénez la tendance à vouloir donner des conseils et écoutez simplement. Créez un espace sûr pour permettre à l’autre de se montrer vulnérable. Et si elle ne sait pas quoi dire, ce n’est pas grave. Répondez simplement : « Cela doit être très confus en ce moment. Mais je suis là pour t’écouter pendant que tu tries tes sentiments, maintenant comme dans les jours à venir. »
2. « Dieu a un plan pour toi. »
Bien sûr que Dieu a un plan. Il est tout-puissant et omniscient. Il se soucie du moindre moineau qui tombe du ciel (Matthieu 10:30).
Il existe certains moments de crise où il peut être approprié de rappeler ces précieuses vérités à quelqu’un. Mais, bien souvent, un traumatisme ou une perte suscite des questionnements difficiles qui méritent du temps pour être médités, sans se contenter de généralités. Pensez à la détresse de Job, et rappelez-vous les trente-cinq chapitres de débat sur les intentions de Dieu au cœur du malheur, avant que Dieu n’affirme qu’il n’a pas à expliquer ses plans à qui que ce soit !
Compatir avec les questions difficiles.
Bien que vous puissiez être tenté de citer Romains 8:28 dans l’espoir d’apporter du réconfort, il est souvent bien préférable de compatir avec les questions difficiles sur le moment. Vous pourriez dire, « Ce que tu traverses en ce moment est intense. Et tu n’es pas le premier à demander à Dieu ‘pourquoi.’ Peut-être pourrions-nous poser ces questions à Dieu ensemble, puis nous verrons ce qu’il fera ensuite. »
Un jour, lorsque la douleur sera moins vive et la perspective plus claire, votre rappel de la bonté de Dieu et de son plan sera plus apprécié.
3. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-le-moi savoir. »
Lorsqu'une personne traverse une crise, elle expérimente de nombreux besoins sociaux, psychologiques et physiques. Elle est peut-être consciente de certains d’entre eux, mais souvent, elle est trop bouleversée par la situation pour identifier ce qui pourrait lui être utile.
Beaucoup d’entre nous souhaitent aider, mais nous ne savons pas toujours ce qui est approprié ou bienvenu. Nous voulons être disponibles, mais nous faisons alors reposer sur la personne en souffrance le poids d’identifier ses besoins, de nous contacter, puis de demander de l’aide.
Aidez tout simplement.
Il est préférable de simplement dire, « J’apporterai le dîner jeudi soir. Préfères-tu des lasagnes ou un rôti ? » (Et assurez-vous que les contenants puissent être laissés ou jetés ; n'ajoutez pas la tâche de laver ou de rendre la vaisselle !)
Ou peut-être, « Je suis disponible pour t’aider avec la garde des enfants pendant que tu gères la situation. Je peux venir à partir de 17 heures. J’apporterai des activités pour les enfants, ou je peux les emmener dîner dehors pour te donner une pause. Tout ce qui pourra t’être utile. »
Ou contentez-vous de venir tondre leur pelouse samedi matin.
Les gestes concrets offerts (sans avoir été sollicités) manifesteront une attention au-delà des mots.
4. « La même chose m'est arrivée. »
Lorsque vous vous frappez le pouce avec un marteau, tout votre monde se réduit à la taille de votre pouce. Toute votre attention est focalisée sur la douleur que vous ressentez. Vous n’avez alors plus qu’un objectif : faire cesser la douleur. Vous n’êtes plus en état de porter attention à la souffrance d’autrui.
De la même façon, lorsque les gens rencontrent une crise, leur monde devient plus restreint.
La peine ou la peur qui les submerge réduit leur perspective. Ils ne sont pas disposés à écouter votre histoire ni à s’intéresser à votre expérience. Tenter de banaliser leur crise ou vouloir créer de l’empathie peut sembler minimiser la singularité de leur douleur.
Il est préférable de dire : « Je suis là pour toi. Tu n’es pas seul(e). »
Si vous avez un retour de votre propre expérience qui pourrait être utile, demandez d’abord la permission avant de le partager : « Est-ce que cela t’aiderait d’entendre ce que j’ai appris dans une situation similaire ? » Puis gardez vos commentaires concis et axés sur la personne, plutôt que de raconter votre histoire.
5. « Tourne la page. »
Certain·e·s pasteur·e·s sont mal à l’aise à partager la souffrance d’autrui, et font passer par inadvertance l’idée que gérer une crise est une contrainte. Ils offrent une étreinte légère, tapotent la personne souffrante sur le dos, et disent « Voilà, voilà » comme s’il fallait mettre fin aux larmes. « Ne pleure pas. Courage. Lève la tête. Aie la foi. Réjouis-toi en toutes circonstances… même celle-ci. »
Pourtant, essayer de court-circuiter une réaction émotionnelle face au traumatisme peut être très néfaste.
Si vous souhaitez accompagner une personne, offrez une compassion authentique et patiente plutôt qu’une invitation à se presser pour revenir à la normale. Souvenez-vous que Dieu opère des transformations parmi les plus spectaculaires dans nos vies pendant les moments d’épreuve et de brisure.
De même, ne laissez jamais la personne en crise seule une fois que vous vous êtes engagé auprès d’elle. Il se peut qu’elle soit d’abord entourée de proches et d’amis bienveillants, mais sa douleur se prolongera après le retour des autres à leurs routines. Être présent lors des étapes importantes, des fêtes, des anniversaires ou lors d’autres déclencheurs peut exercer un impact considérable et réconfortant.
Dire « Je pense à toi aujourd’hui » leur rappellera qu’ils ne sont pas seuls.
Une dernière réflexion et des ressources supplémentaires
N’oubliez pas qu’offrir des soins empreints de compassion lors d’une crise ne consiste pas à avoir toutes les réponses. Il s’agit d’être présent, d’écouter attentivement et de prendre vraiment soin de la personne, sans vouloir précipiter de solution. Et soyez bienveillant envers vous-même en chemin. Offrir de la compassion peut être une tâche émotionnellement épuisante.
Vous représentez Dieu, mais vous n’êtes pas Dieu. Cette vérité fondamentale doit guider l’approche de tout pasteur dans son ministère (comme tout livre sur le leadership ecclésial vous le dira.)
Vous pouvez soulager la souffrance par votre bienveillance, mais vous ne pouvez pas accélérer le processus que Dieu a prévu à travers la crise. Plus que tout, n’oubliez jamais la force de l’empathie humble et d’une oreille attentive.
Vous vous sentez dépassé ? Souvenez-vous : bien que communiquer avec une personne en crise puisse sembler intimidant, essayez d’écouter plus que de parler. Et surtout, n’hésitez pas à chercher de l’aide (il existe d’excellentes ressources en ligne sur les choses à faire et à ne pas faire pour soutenir quelqu’un en crise de santé mentale).
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